Leçon 392 - La solitude de l'illumination
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De: Yogani
Date: 31 mars 2010

Aux nouveaux membres: il vous est recommandé de commencer les leçons au début, les leçons précédentes étant nécessaires à la compréhension de celle-ci. La première leçon s'intitule « le but de ces leçons » et porte le numéro 10.

Q 1: Après une pratique d'environ cinq ans avec de bons progrès, j'ai éprouvé dernièrement un profond sentiment de solitude. Pas tout le temps. Cela part et revient. Pourquoi cette sensation de solitude? Ce n'est pas que je sois isolé. Je suis au milieu de la famille et des amis, et tout d'un coup il y a ce sentiment de solitude accompagné de tristesse, ce n'est pas vraiment ce que l'on considère comme de la tristesse, mais comme la sensation d'être dans un endroit où je serais tout seul sans personne avec qui partager. C'est difficile de mettre des mots dessus.

Dans ma vie, j'ai toujours eu un lien très fort avec certaines icônes spirituelles traditionnelles, mais je ne sens plus ces connexions. Les pratiques continuent comme d'habitude, mais la bhakti semble avoir diminué. Serait-ce qu'il n'y a plus aucun sens à vouloir progresser en quoi que ce soit, ou à vouloir être autre chose ou ailleurs? Il n'y a plus que le fait de vivre ce qui arrive dans le moment présent. Je suis joyeux et j'aide tous ceux qui sont autour de moi, mais il semble que cela ne me procure aucun plaisir.

Cela fonctionne-t-il vraiment ainsi?

R 1: C'est la solitude de l'éveil, un mélange d'expressions personnelles et impersonnelles de la conscience. Rien n'est plus seul que le Soi, quand toutes choses sont vues comme Cela, se suffisant à lui-même et illuminé par le rayonnement impersonnel du silence intérieur. D'un autre côté, l'aspect personnel a très envie de compagnie, de relations.

Peut-être l'éternel s'est-il manifesté comme univers pour avoir de la compagnie, créant l'illusion (maya) afin que le jeu de la dualité (lila) puisse commencer. N'est-il pas étrange de voir les deux côtés à la fois? Vous êtes ceci et vous êtes cela. C'est une expérience transitoire, un changement de perspective quand on passe de la dualité à un point de vue non-duel. Toutes les expériences sur le chemin ne sont-elles pas un changement de perspective? Cette étape intermédiaire passera comme toutes les autres.

J'entends parfois certains dire qu'ils se sentent seuls dans leur quête spirituelle, que peu de personnes autour d'eux se sentent concernées par les ouvertures qui se produisent, même si les amis et la famille apprécient la stabilité et la force qu'elles engendrent. Un désir de camaraderie est souvent exprimé. Mais qui est là pour être notre camarade? Personne et tout le monde. Le rayonnement extatique est à lui-même sa propre relation, et il est également un dévoilement de la relation divine avec chacun. Il y a là un paradoxe.

C'est pour cela que les êtres illuminés servent, par souci de la relation, pour l'expression de l'amour divin. Il en va de même de la création se mouvant dans une autre dimension qui n'est pas d'abord physique, qui n'est pas d'abord dans l'espace et le temps, mais qui est avant tout le flot intemporel de l'amour. C'est ce que tout le monde veut. Pour ceux dont c'est l'état naturel, c'est être le Un, infiniment plein, et pourtant seul.

Peut-être que ce n'est pas vraiment une réponse, si ce n'est pour dire que dans votre solitude vous n'êtes pas seul. Ce qui fait naître ce genre de questions, c'est notre tendance persistante à nous identifier aux tracas du mental. Comme avec toutes les autres choses qui peuvent nous arriver sur le chemin, nous nous habituons à "ce qui est", et nous continuons. A mesure que nous avançons sur le chemin, il est normal d'éprouver des perturbations et des choses bizarres. Mais pas trop de perturbations, car nous avons déjà couvert quasiment toutes les bases de façon logique, de sorte qu'à la fin du jeu il y aura moins de surprises. Passer de la dualité à une effusion divine dans l'unité de la non-dualité marque la fin du jeu. C'est la joie infinie du Un, sans les cycles du plaisir conduisant à la tristesse, pour revenir au plaisir, et ensuite retomber, comme un yo-yo. C'est la fin de la souffrance.

Q 2: Oui, la joie sans le plaisir. Pour qu'il y ait le plaisir, il doit y avoir la contrepartie de l'ennui ou de la tristesse. Cela fait sens. L'un ne va pas sans l'autre. Cependant, il peut y avoir la joie sans le plaisir, et le chagrin sans la tristesse, et l'amour sans attachement. En fait, j'étais mal à l'aise l'autre jour, car l'amour que je ressens pour mes enfants est exactement le même que l'amour que je ressens pour mon voisin, et le même que pour une fleur. En cela il n'y a aucune excitation. C'est ce qui me faisait me demander si j'avais perdu mon cœur. Mais ce que vous dites fait sens.

C'est comme si j'avais tout oublié. La vie m'apprend tout à neuf. Une grande partie des conditionnements est tombée. De sorte que tout ce que je fais maintenant, c'est comme si je le faisais pour la première fois. C'est un peu effrayant, de ne pas savoir, de sentir qu'on n'a pas le contrôle, et pourtant tout est fluide. J'apprends à neuf à faire les choses sans stress. Je m'amuse, mais sans plaisir. Voilà la chose que je n'arrive pas à comprendre. Je ne me suis jamais autant réjoui d'être vivant. Pelleter la neige profonde était un tel amusement. Je n'aurais jamais pensé être aussi heureux en faisant ce genre de travail. Pourtant, il n'y a aucun plaisir en quoi que ce soit. On dirait qu'il n'y a plus de cœur, comme si le cœur était fermé.

Cette paix et cette stabilité sont très mécaniques. Le cœur semble absent. Je me sens connecté à tout, au service de tous, mais sans aucune participation du cœur. Mon cœur a-t-il besoin de s'ouvrir à nouveau, ou le mental essaie-t-il de se connecter avec l'idée qu'il s'est faite d'une connexion?

R 2: Dans la non-dualité, tout se passe dans le cœur, de sorte que de notre point de vue il y a moins ou même pas du tout de contraste entre le cœur et les autres choses. La dualité du "Je" et du "cœur" s'efface. Dans la tranquillité on devient le même que l'autre, de sorte que le contraste est bien moindre. Même ainsi, le courant est là dans un sens duel (l'effusion), que nous nous identifions ou non avec lui, ainsi nous continuons à nous occuper des autres. Nous avons l'option de participer au jeu. C'est la raison pour laquelle les saints sont tellement joueurs, riant et lançant tout le temps des piques. Tout est une énorme plaisanterie.

Ainsi, ne prenez pas votre condition "illuminée" trop au sérieux. La non-dualité se manifeste comme un jeu. Si cela semble contradictoire, ça l'est. La "tranquillité en action" est ainsi, mais cela se produit tout autour de nous, et c'est ce que nous sommes. Toute la création est ce jeu, une magnifique pièce de théâtre. Nous pouvons faire la même chose dans notre vie, établis dans le silence intérieur immuable, n'oubliant jamais qui nous sommes. Donc sortez et amusez-vous! Tout le monde bénéficiera de votre flot divin.

En même temps, pour celui qui connaît la vérité, il n'y a qu'un seul Un qui joue, et ces sensations de solitude peuvent venir quand persiste une certaine identification avec le mental lorsqu'il met en question ce qui est perçu. Le cœur (ou quoi que ce soit) ne peut être connu que dans la dualité. Quand nous devenons le cœur universel, le contraste n'est plus qu'une ombre, incluant notre relation avec nos pensées et émotions les plus profondes. C'est l'essence de la non-dualité. Cela ne veut pas dire que le cœur n'existe plus, ou qu'il ne fonctionne plus. En fait, dans l'unité, le cœur opère sur une grande échelle. Cela veut seulement dire que notre relation avec lui a changé. Nous avons dépassé la dualité du cœur et du mental. Les deux ont fusionné dans la tranquillité en mouvement. Cela est au-delà des émotions, au-delà du plaisir, au-delà de la souffrance, au-delà des responsabilités. Pourtant, tout est fait avec passion. C'est exactement ce que disent les Ecritures. Le Soi (le vide) peut-il jamais se réjouir de quelque chose, alors même qu'il fait toutes choses?

Quelquefois ces sensations de doute peuvent être associées avec une obstruction profonde dans le système nerveux en train de se dénouer, là où des émotions sont encore bloquées en raison d'un traumatisme ancien. Si vous sentez que le cœur est fermé, c'est sans doute le cas jusqu'à un certain point. S'il y a une attente ou un blocage, cela passera en continuant les pratiques journalières. Si cela vous tourmente en générant des émotions persistantes, c'est probablement une obstruction en train d'être dissoute.

Quant au fait d'oublier, la façon dont cela fonctionne est vraiment drôle. A un certain moment, nous avons peut-être pris un crayon avec nous pour enregistrer les nombreuses inspirations qui viennent du silence intérieur qui monte, ou bien nous nous sommes affairés à dresser des listes mentales pour la vie quotidienne. A un moment donné, quand nous réalisons que le flot divin sans fin qui se déverse à travers nous prend soin de tout, nous réalisons que nous n'avons plus tellement besoin d'un crayon ou de listes mentales. A mesure que l'ouverture et la purification avance, le flot naturel est à notre disposition selon le besoin du moment. Il n'y a aucun moyen d'attraper cette intelligence en train de se déverser avec un crayon ou une check-list. Nous pouvons donc laisser faire. Quand nous aurons besoin de quelque chose, ce sera là.

Oublier consiste à lâcher prise du passé et du futur. Ce dont nous avons besoin dans la mémoire du passé sera là, chaque fois que nous en aurons besoin, dans la rivière d'amour qui déferle à travers notre système nerveux purifié. Quant au futur, il prendra soin de lui-même. Nous n'avons à nous occuper que de l'instant présent.

Nous pouvons nous habituer à tout. Cela prend un certain temps de faire confiance à ce qui est. Sur le chemin du retour à la maison, du retour à notre condition naturelle non duelle, on peut avoir des moments de solitude et de confusion.

Et la danse continue...

Le Soi (le vide) est rayonnant, il est à lui-même sa propre source de joie, de même qu'il est la source de toutes choses. Ainsi, même quand nous vivons en tant que témoin, le rayonnement bouillonne à partir de notre essence. C'est ce que nous voulons dire par la conductivité extatique devenant le rayonnement extatique. Si vous le ressentez comme quelque chose de plat, de fermé, et de solitaire, alors il y a davantage. Le Soi est le cœur. S'il semble y avoir en cela un paradoxe (la joie sans le plaisir), c'est dans la nature de l'illumination.

Ce qui est universel n'a pas d'opposé, et en conséquence aucune dualité pour faire contraste. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne se passe rien. Tout arrive. C'est le paradoxe divin!

L'amour universel n'a pas d'objet. L'effusion de l'amour divin et le service ressenti comme la tranquillité en action n'ont pas d'objet.

La beauté de cela est que ce n'est pas de la philosophie. C'est de l'expérience. Nous ne pourrions certainement pas l'inventer, ni par le mental, ni par notre comportement. Aucune règle de conduite ne peut créer cette condition. Elle vient simplement des pratiques et de l'engagement dans la vie. L'Amour a son propre plan, et c'est à nous de lâcher prise dans le flot divin. Cela change le monde. Nombreux sont ceux qui ont tenté de l'attraper dans une "cage mentale". Cela ne marche pas. Ce qui marche c'est la méditation, c'est le silence intérieur immuable.

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