Leçon 350 - Pratiques pour dépasser le stade du témoin
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De: Yogani
Date: 5 août 2009

Aux nouveaux membres: il vous est recommandé de commencer les leçons au début, les leçons précédentes étant nécessaires à la compréhension de celle-ci. La première leçon s'intitule « le but de ces leçons » et porte le numéro 10.

Nous allons maintenant nous intéresser au témoin, à son fonctionnement et aux moyens spécifiques qui peuvent nous aider à dépasser la dualité qui lui est inhérente. Dans la leçon 333, nous avons parlé de dissoudre le témoin dans l'unité, un exposé détaillé couvrant les expériences, l'enquête, le samyama et l'abandon actif dans la vie de tous les jours. Dans cette leçon, nous allons développer cet exposé et creuser davantage les pratiques d'enquête sur le Soi pour nous permettre d'aller plus loin. Dans la leçon suivante, nous proposerons une modification à notre pratique de base du samyama qui lui ajoute la dimension de la recherche du Soi. De cette façon, nous ajouterons de nouveaux angles à la pratique pour nous aider à sortir de l'impasse d'une conscience identifiée aux objets de la perception et tout particulièrement au corps/mental. On appelle cette impasse, l'ego personnel. Notre but n'est pas de détruire le mental ou notre sens du soi, mais de les amener à exprimer l'infini éternel. Les seules choses que nous laisserons derrière nous seront notre conscience limitée de la vie, nos préoccupations, notre souffrance et notre malheur. Tout le reste de ce que nous sommes demeurera intact et sera largement illuminé dans le processus.

L'observateur, le processus de l'observation et l'objet de la perception

Tout d'abord, examinons la structure des choses: le témoin et sa relation avec notre sens du soi, les mécanismes de la perception et les objets de la perception. C'est cette relation que nous cherchons à vivifier pour aller au-delà des limitations de l'espace et du temps et de la souffrance inhérente à la condition humaine, tout en restant pleinement humains et engagés dans la vie pour l'amélioration et le bonheur de tous.

Depuis le début des leçons AYP, depuis l'époque où, pour la première fois, nous avons donné des instructions pour la méditation profonde (voir la leçon 13), nous avons utilisé différentes expressions pour décrire ce que nous cultivons par nos pratiques: le silence intérieur immuable, la tranquillité, la pure conscience de félicité, sat-chit-ananda, le témoin, etc. Tout cela revient à la même chose: une sensation grandissante de calme, de stabilité et de paix montant en arrière plan de nos perceptions sensorielles, de nos pensées et de nos émotions. Il vient un moment où nous remarquons que, même si tout bouge en nous et autour de nous, quelque chose en nous de fondamental ne bouge pas. Nous avons appelé ce quelque chose, "le témoin". Cette conscience silencieuse est si stable que nous l'avons reconnue comme étant à la racine de notre sens du soi. Même ainsi, avec le témoin, nous sommes toujours dans la dualité, ce qui signifie que nous sommes "là-dedans" en tant que témoin immuable et en même temps "au-dehors" impliqués dans tout ce qui est en mouvement, y compris dans nos pensées, ressentis et perceptions sensorielles, tout cela étant extérieur au témoin. Nous nous connaissons comme séparés, mais nous nous connaissons aussi dans le monde de notre corps/mental et de tout le reste. Donc notre sens du soi, notre "sens-Je", est divisé entre ce "moi" là-dedans immobile et ce "moi" au-dehors encore engagé dans toutes sortes de chose. Nous sommes dans la dualité. En fait, ce sens de dualité s'amplifie quand nous faisons la première expérience de notre qualité de témoin, parce que nous nous sentons seuls et séparés des événements qui surviennent dans et autour de nous. Ce sens amplifié de la dualité dans les premiers moments de l'étape du témoin est normal et temporaire, comme nous allons le voir.

La dualité que nous expérimentons dans la vie de tous les jours trouve sa source dans la dynamique de l'observateur (sujet), du processus d'observation (perception) et de l'objet de l'observation. C'est "moi" et l'autre, deux entités séparées. Avant l'apparition du témoin (voir la leçon 327 pour ce stade du mental), l'observateur est vu comme le corps/mental: "je suis le corps/ mental qui observe ces objets". Dans cette situation, le sujet ("Je") s'identifie à l'objet. C'est l'objet (corps/mental) se prenant pour le sujet et regardant les autres objets dans une dualité objet-à-objet.

C'est le caractère collant de la conscience s'identifiant à un objet, le corps/mental, qui crée un faux sens du soi, que nous appelons ego. La conscience adhère tellement que nous en arrivons même à considérer nos possessions comme des extensions de notre soi: ma maison, ma voiture, mon argent, ma famille, ma patrie, etc. Les conséquences de ce genre d'auto-identification sont bien connues. Il n'y a qu'à lire les gros titres dans la presse d'aujourd'hui. Sûrement, nous pouvons faire mieux.

Avec l'arrivée du témoin, toute cette identification à l'objet commence à reculer suffisamment pour que, même si nous pouvons toujours sentir que nous sommes le corps/mental, nous sachions que dans le silence intérieur immuable nous sommes au-delà. C'est encore une dualité, mais une dualité plus libre et nous commençons à le remarquer dans nos perceptions et nos actions. C'est notre vrai Soi (le témoin) qui voit les objets au lieu d'un faux soi (l'ego). C'est un grand pas en avant. Quand nous faisons l'expérience du témoin immuable, la dualité est en transition. Le prochain pas est d'aller jusqu'au point où notre sens du soi est capable de s'extraire complètement de l'identification avec le corps/mental et les autres objets de perception. C'est un pas qui peut prendre un certain temps, avec un découplage graduel de l'auto-identification (viscosité) de la conscience. Plus le découplage est graduel, plus les résultats seront stables et durables. Certains ont affirmé que le découplage est arrivé soudainement, avec ou sans mesures prises pour le déclencher.

Des transformations soudaines de l'auto-identification sont possibles. Elles sont souvent accompagnées de perturbations physiques et psychologiques et de fréquents retours en arrière. Rome ne s'est pas faite en un jour, mais d'une manière ou d'une autre, elle se construira! Dans l'approche AYP, avec toutes les pratiques disponibles, nous pouvons cultiver le témoin directement dans la méditation profonde et commencer à mettre la tranquillité en mouvement avec le samyama et les formes basiques de la recherche du Soi. Avec tout cela, notre sens du soi se détache lentement des objets de la perception, y compris du corps/mental.

Pendant ce recul graduel de l'auto-identification avec les objets, la relation entre l'observateur, le processus d'observation et les objets de l'observation reste intacte. Elle ne change pas. Ce qui change c'est notre sens du soi, notre sens-Je. Il se déplace lentement des objets de la perception vers notre conscience sans limite en train d'émerger. Dans ce mouvement, la dualité initiale entre le témoin et les objets de la perception devient de moins en moins duelle et de plus en plus non-duelle. Cela signifie que les deux deviennent peu à peu Un. En même temps, notre sens du soi se développe pour devenir de plus en plus universel, pour n'être plus lié à un quelconque objet, il devient sous-jacent à tous les objets de la perception. Ce n'est pas une identification avec les objets, mais une présence sous-jacente à toutes choses qui nous amène à ne plus nous voir comme étant dans le monde, mais au contraire, comme si le monde était en nous. A partir de ce moment nous avons le droit de remplacer le petit “s” par un grand “S”. Nous ne sommes plus le petit soi identifié, nous devenons le grand Soi universel. Ce n'est pas de la philosophie, c'est une réalisation expérimentale. Ce n'est pas un concept, c'est l'état dans lequel nous sommes 24 heures par jour.

Quand, avec le temps, ce changement se produit, nous n'observons plus les objets comme s'ils nous étaient extérieurs, nous pouvons dire que nous avons dépassé l'étape du témoin. Même si tout est encore en mouvement, nous ne le voyons pas bouger et c'est un état où les objets n'existent plus, seul existe le sujet. Ce que nous voyons c'est la tranquillité en mouvement, seulement le Un. Bien sûr, c'est un paradoxe. Même si avec la montée de cette expérience non duelle unificatrice, les mécanismes de la perception fonctionnent encore comme avant, l'expérience n'en est pas moins différente de celle où les deux, l'observateur et l'observé, coexistent encore. C'est notre sens du soi en relation avec tout çela qui a changé. Ce que nous voyons, peu importe ce que nous regardons, est seulement le Soi. La dualité de l'observateur, du processus de l'observation et de l'objet de l'observation fonctionne toujours mais pour nous elle est devenue transparente, comme c'est déjà le cas de bien des mécanismes précis de la nature, en particulier de la multitude des activités qui se font automatiquement dans notre corps physique. Nous voyons le corps dans son ensemble et non les millions d'actions qui s'y produisent. De même, quand nous devenons consciemment le tout de la conscience infinie, nous remarquons à peine les nombreux événements qui se passent dans notre Soi, y compris dans le corps/mental. Nous nous engageons et nous sommes impliqués, mais notre sens du Soi est au-delà des détails, qui irradient constamment l'amour divin venant de notre centre omniprésent, notre Soi. Nous sommes Cela.

Mais ne nous attendons pas à être complètement transformés dans cette condition de liberté et de radiation divine en un seul jour, ou même en une seule année. C'est un processus, un voyage, d'abord vers le stade du témoin pour ensuite aller toujours plus loin vers l'Unité. Chemin faisant, le monde temporel tel que nous l'avons connu se dissout dans la lumière aveuglante de l'être, même si nous ne sommes allés nulle part et n'avons rien changé à notre routine d'activités quotidiennes. C'est un voyage d'ici à ici, tel que décrit dans la leçon 348.

Les techniques du Jnana Yoga-Advaita (non dualité)

En supposant que nous sommes prêts, que nous avons un désir brûlant d'être libérés de la souffrance d'une conscience de soi identifiée, voyons ce que nous pouvons faire pour accélérer cette progression naturelle. Lorsque le témoin fait son apparition, ils sont nombreux à demander à aller plus loin, surtout ceux qui sont engagés depuis longtemps dans des pratiques quotidiennes. Les méthodes que nous allons voir sont appelées Jnana, ce qui signifie yoga de la connaissance. C'est la même chose que l'Advaita-Vedanta, la connaissance de la nature non-duelle de la vie.

L'approche logique est d'attaquer le problème avec le mental, ce qui dans bien des cas, revient à nommer le bandit pour être le policier. Non pas qu'il y ait quelque chose de faux avec le mental. Mais si nous sommes encore identifiés au mental, même avec une certaine présence du témoin, les solutions seront difficiles à trouver à moins de développer une compréhension et des moyens qui nous permettent de passer à travers les pièges de l'intellect. En d'autres termes, ce n'est pas un challenge intellectuel. Les intellectuels pur sucre sont certainement les moins bien équipés pour la recherche du Soi. En fait, c'est un voyage du témoin en relation à tout le reste, qui requiert pour certaines situations de mettre en œuvre des techniques mentales spécifiques. De la même façon la méditation profonde et le pranayama de la respiration spinale impliquent l'utilisation de techniques mentales spécifiques pour nous permettre de transcender le mental et ses objets, tout en cultivant les qualités essentielles de l'illumination, de la tranquillité et de l'extase. Nous voulons maintenant développer ces qualités essentielles en traversant les étapes de discrimination, de détachement et d'unité. De cette manière, nous pouvons dépasser le stade du témoin. Nous avons fait un grand pas en avant quand nous avons ajouté une pratique structurée quotidienne du samyama (voir les leçons 150 et 299). Cette pratique cultive en nous l'habitude de lâcher des intentions et des questionnements dans la tranquillité, rendant tout ce que nous faisons plus fluide en manifestant le courant divin. Une fois développée l'habitude du samyama, nous nous trouvons en excellente position pour aller vers la recherche du Soi.

Dans des leçons précédentes, nous avons présenté plusieurs catégories de la recherche du Soi et comment elles se relient aux étapes de l'évolution du mental. Nous pouvons développer ces types d'enquêtes et les catégoriser comme suit:

  • Jnana-spontané
    Grâce aux pratiques assises, la montée du témoin et la dissolution de l'identification aux objets par une recherche du Soi non structurée (spontanée) dans les activités quotidiennes.
  • Jnana-lâcher-prise
    Méthodes systématiques utilisant l'enquête et la discrimination pour laisser aller les pensées et les sentiments indésirables: "Je choisis de laisser ce qui est faux".
  • Jnana-affirmation
    Dans le cadre de l'idéal que nous avons choisi, affirmer que notre nature est l'éternel Soi/Dieu: "Je suis Cela".
  • Jnana-négation
    Discriminer en niant tous les objets de la perception, émotions et pensées comprises, pour affirmer la seule existence du Soi: "ni ceci, ni cela" (neti neti)
  • Jnana-transcendant
    Enquêter sur notre "sens-Je" et laisser aller dans sa source pour réaliser le Soi: "Qui suis-je?"

Il peut y avoir des recoupements significatifs entre ces différents systèmes de pratique ou dans les préférences des pratiquants. En étudiant ces catégories de la recherche du Soi, il faut se demander où nous en sommes maintenant sur notre chemin et comment cela s'accorde à toute la variété des méthodes disponibles. Le but n'est pas de sauter tout de suite à la méthode suivante de la liste, mais d'en trouver une en résonance avec notre condition actuelle. Par là, nous voulons dire une méthode qui améliore notre sensation de bien-être (quelle que soit la façon dont nous le percevions), sans pour autant en faire toute une histoire. Pour la plupart de ceux qui débutent sérieusement l'enquête sur le Soi, la méthode sera celle du jnana-spontané conduisant au jnana-lâcher-prise, méthodes qui proposent une recherche du Soi pratique s'intéressant à nos préoccupations immédiates de la vie de tous les jours. C'est bien là où tout commence pour la plupart d'entre nous, n'est-ce pas?

Jnana - spontané

Avec une routine quotidienne de pratiques efficaces de yoga, le silence intérieur immuable commencera à monter ainsi qu'une fluidité grandissante de nos pensées, des émotions et des actions qui surgiront de la tranquillité sur les ailes de la conductivité extatique naissante et du rayonnement. Qu'en penser lorsque tout cela se produit? Nous en penserons sûrement quelque chose tout en vaquant à nos activités quotidiennes. En temps voulu, nous réaliserons que notre sens du soi se déplace naturellement des objets de la perception vers ce silence intérieur apparu en filigrane de toutes nos expériences de vie, incluant nos processus internes de perceptions, de pensées et d'émotions. C'est assez simple de suivre ce changement dans notre sens du "Je" et c'est cela que nous appelons l'apparition de l'advaita spontané, de la non dualité spontanée. C'est aussi le jnana yoga spontané, ce qui est la même chose.

Souvenons-nous que toutes les branches du yoga sont interconnectées, il est donc fréquent que des progrès dans une partie du yoga stimulent des progrès dans d'autres parties. Les synergies seront d'autant plus nombreuses que nous nous engageons dans plusieurs branches du yoga et nos progrès seront d'autant plus rapides. Notre sagesse intérieure (notre gourou intérieur) sait cela ; c'est pourquoi lorsque l'advaita spontané apparaît, nous aurons envie d'enquêter. Cela peut être une sorte d'enquête intuitive émergeant dans nos affaires quotidiennes, quelque chose d'aussi simple que: "Qui vit cette expérience?" et ensuite de lâcher-prise. Cela peut prendre bien des formes, dont notre imagination est la seule limite. Le point commun sous-jacent à toute véritable recherche du Soi est qu'elle soit relâchée dans la tranquillité. C'est cette capacité que nous avons développée par notre pratique du samyama. Avec la méditation profonde quotidienne et le samyama, la recherche du Soi relationnelle (dans la tranquillité) est inévitable. La montée du témoin et notre capacité d'y laisser aller nos intentions sont le fondement d'une recherche du Soi efficace.

Sur le chemin, nous pouvons avoir envie d'ajouter des formes plus structurées de la recherche du Soi. La manière d'y parvenir va dépendre de nos inclinations personnelles. Même si nous n'avons pas une grande bhakti pour un idéal ambitieux de non-dualité, les styles d'enquête sur le Soi traitant des problèmes rencontrés dans notre vie quotidienne sont très efficaces et nous feront aller de l'avant. C'est un point de départ facile qui apporte des bénéfices pratiques ici et maintenant: dans nos relations, dans notre travail et dans la manière dont nous voyons le monde. Avec le témoin, nous commençons à voir nos pensées et nos émotions comme des objets et nous découvrons ainsi que nous avons l'option de laisser aller ou de transformer des schémas intérieurs pour soutenir nos intérêts les meilleurs. Avec le temps, cela aura de très grandes implications. Tout cela nous arrive de façon naturelle avec une pratique quotidienne du yoga.

Jnana - lâcher-prise

Avec la montée du silence intérieur immuable (le témoin), nos pensées et nos émotions commencent à être perçues pour ce qu'elles sont: des objets. Avant cela, nous nous identifions à ces perceptions, les prenant plus au sérieux qu'il n'est nécessaire pour notre bien. Au stade du témoin, le premier pas sur le chemin pour dépasser la dualité (du sujet et de l'objet) est de comprendre vraiment que les pensées/émotions ne sont pas notre Soi. Avec la méditation profonde quotidienne, cette prise de conscience deviendra naturelle. Si nous choisissons de prendre un rôle plus actif, nous pouvons nous engager dans une enquête pratique plus structurée sur nos pensées et émotions quotidiennes, les laissant aller et/ou les transformant pour améliorer la qualité de notre vie. En même temps, ce genre d'enquête quotidienne nous amène peu à peu vers l'unité non duelle.

"L'art du lâcher-prise" de Lester Levenson (aussi connu comme "méthode Sedona") et "Le travail" de Byron Katie sont des approches pratiques pour ce genre d'enquête sur le Soi qui ont montré leur efficacité depuis des années. Je ne doute pas qu'il n'y en ait d'autres. Des systèmes de ce genre sont de bons points de départ pour des pratiquants qui cherchent à commencer avec une forme de base de recherche du Soi structurée. Cela, pour autant que le silence intérieur immuable (le témoin) soit cultivé.

Le style d'enquête, Jnana-lâcher-prise, implique d'enquêter et de faire des choix conscients quant à nos pensées, nos émotions, en les regardant comme des objets. Nous pouvons enquêter à propos de la vérité de telle ou telle pensée ou émotion particulière que nous avons, comment elle affecte la qualité de notre vie et comment notre situation et notre état d'esprit changerait sans cette identification. Très souvent, ce que nous découvrons lorsque nous enquêtons sur nos pensées/émotions est qu'elles ne sont que le miroir de nos propres obstructions. Ce que nous pensons venir de l'extérieur vient inévitablement de l'intérieur, une interprétation étant faite par notre conscience identifiée pour essayer de se protéger. En comprenant ainsi la nature d'une pensée/émotion, son énergie commence automatiquement à se libérer. Nous pouvons ensuite choisir de la laisser aller complètement. Il y a bien des façons de laisser aller et de transformer les pensées et les émotions. Cela implique toujours de choisir dans la tranquillité et de cette façon nous apprenons à sentir notre Soi au-delà du corps/mental. Nous suggérons d'étudier les enseignements de Levenson et de Katie, ou d'autres dans ce domaine, pour avoir des méthodes pratiques.

S'il s'agit de poursuivre des buts spirituels, aucune méthode de recherche du Soi ne se suffit à elle-même. La méditation profonde journalière est le minimum recommandé pour cultiver le silence intérieur immuable indispensable. Les techniques de Jnana-lâcher-prise peuvent être suivies avant l'émergence du témoin immuable sans causer de pression excessive. Les formes de Jnana plus directes (affirmation, négation et transcendant) présentées ci-dessous, ne sont pas recommandées tant qu'il n'y a pas au moins un début de silence intérieur immuable. Il faut éviter de mettre trop d'efforts non-relationnels dans des méthodes de recherche du Soi qui vont au-delà du cours de nos activités quotidiennes ordinaires. Une recherche du Soi non relationnelle peut nous perturber et nous faire perdre le désir de poursuivre notre chemin spirituel (voir la leçon 325). Avec une gestion prudente de notre quête et avec la montée de notre silence intérieur (le témoin), de telles difficultés peuvent être évitées et les résultats de l'enquête peuvent être positifs à chaque pas du chemin.

Jnana - affirmation

Si nous nous sommes investis depuis un certain temps dans une recherche du Soi spontanée ou si nous avons pratiqué une forme structurée du style Jnana-lâcher-prise, il viendra un moment où nous désirerons davantage qu'une simple transformation des pensées et des sentiments associés à notre vie ordinaire. Nous voudrons aller plus loin que notre santé, nos relations, notre travail, notre compte en banque ou nos possessions etc. Non pas que ces choses n'aient plus d'importance, mais elles seront prises dans la foulée et nous irons vers la question plus fondamentale de savoir ce que nous sommes dans notre relation au monde depuis une perspective qui dépasse notre corps/mental et ses préoccupations terrestres. Cela résulte d'un changement progressif qui nous amène à sentir que ce que nous sommes va bien plus loin que les objets que nous percevons. Arrivés à ce stade, nous saurons que nous sommes bien au-delà de tous les objets ou phénomènes observables. Nous avons cette révélation et l'intellect peut l'interpréter par: "Je suis Cela. Tu es Cela. Tout est Cela." C'est une révélation ancienne, remontant bien des siècles en arrière aux Upanishads et au Brahma Sutra et encore aujourd'hui nous continuons à vérifier sa profonde vérité.

Mais c'est seulement l'intellect qui s'approprie une sensation. La sensation d'un sens du Soi en expansion. Il ne s'agit pas d'un ego qui se gonfle, bien que cela puisse arriver si le mental s'accroche et tente de posséder cette sensation sans avoir une capacité suffisante pour la laisser aller dans la tranquillité. L'ego est l'enfant du mental alors que le Soi est l'éternelle conscience de félicité. L'ego tient à sa précieuse vie dans le temps et l'espace, alors que le Soi ne tient à rien. Il est au-delà du temps et de l'espace.

Ce que le mental affirme pour lui-même est de peu d'importance et peut devenir un obstacle sur le chemin si cette affirmation est excessive au mauvais moment. Une vraie affirmation n'est pas un acte de l'intellect. C'est le fait de laisser aller les intentions de l'intellect dans la tranquillité. L'intellect recherche toujours plus d'intellect. L'affirmation recherche le Soi qui est au-delà de l'intellect. Donc une affirmation consiste à capter une intention et à la laisser aller. Une fois relâchée, l'intention est absorbée dans la tranquillité, où elle évolue comme un flot d'extase divine.

Le Soi n'affirme rien, même s'il est tout. Ce n'est pas au mental de dire quoi que ce soit. C'est au mental de renoncer à son impulsion. Lorsque la fin du voyage est proche, le mental peut proclamer "Je suis Cela!" Mais ce ne sont pas les mots qui sont Cela. Une affirmation n'est une aide que quand elle est lancée dans la tranquillité. Cela peut se faire avec n'importe quel aspect de son idéal choisi: "Je suis Dieu", "Je suis Shiva", "Je suis Jésus" etc. Tous sont synonymes du Soi quand on les laisse aller dans la tranquillité. Toutes choses sont le Soi.

Le samyama fonctionne ainsi et, comme c'est toujours le cas, ses résultats dépendront du flot divin, pas nécessairement de notre intention mentale de surface. Le résultat d'une affirmation est insondable. Très bien. Nous nous y habituerons. C'est la voie de l'abandon actif au divin. C'est la voie du Soi. C'est la vie dans l'amour et le bonheur éternels.

Jnana - négation

Selon notre nature, nous pouvons avoir envie de prendre un angle d'attaque différent pour l'enquête sur le Soi. Une ancienne méthode utilise la négation, la négation systématique de l'ego et du monde tel que nous le connaissons. C'est la destruction pas à pas de l'identification de la conscience avec tous les objets y compris le corps, les pensées, les émotions et le mental lui-même. Les prémices sont que la conscience est éternelle et que tout le reste est irréel, sans substance et doit être nié. C'est un processus mental d'enquête sur toutes choses avec pour conclusion: "ni ceci ni cela" (neti neti).

Quand nous disons que la conscience est éternelle, nous ne voulons pas dire que l'idée de la conscience est éternelle ou même que l'expérience de la conscience est éternelle puisque dans ces deux cas nous serions dans le champ de la pensée et de l'expérience relative. Eternel signifie ce qui n'est jamais né, jamais mort, jamais connu. Avec le jnana-négation, nous devenons le Soi en écartant tout le reste, de même que le vide d'un trou se révèle lorsqu'on enlève toutes les saletés qui l'obstruaient. C'est comme de découvrir une statue magnifique en enlevant tout le marbre qui n'est pas la statue. C'est la méthode de neti neti. Elle a été défendue il y a bien des siècles par nul autre qu'Adi Shankara et plus récemment, au XXe siècle, elle a été relancée pour un large public grâce notamment à Nisargadatta Maharaj.

Il existe un risque majeur dans cette approche car il est facile d'avoir des problèmes si on la pratique de façon non relationnelle (si on ne la laisse pas aller dans la tranquillité). Ainsi que nous l'avons mentionné dans des leçons précédentes, la négation dans la recherche du Soi n'est pas la négation de la vie. Si nous enlevons les saletés, nous sommes censés trouver le trou du Soi lumineux, si nous avons commencé par établir le silence intérieur immuable (le témoin). Dans ce cas, il est logique et naturel de laisser tomber (de lâcher-prise) les objets, pensées et émotions, en les regardant comme irréels. Cependant, si nous n'avons pas cultivé d'abord le témoin, tout ce que nous risquons de trouver avec neti neti est un sentiment d'impuissance, la peur et le désespoir puisque nous sommes encore incapables de découvrir le Soi dans la tranquillité. Dans ce cas, neti neti n'est pas seulement l'annihilation de notre ego et du monde comme non-soi, c'est aussi l'annihilation complète de notre sens du soi! En bref, il n'est pas facile de cultiver le témoin en pratiquant seulement neti neti. Par contre, le témoin peut être révélé et vivifié par neti neti s'il a été cultivé au préalable par la méditation profonde.

Pour compliquer la tâche, certains enseignants encouragent fortement la pratique de la négation au tout début du chemin, ce qui peut être psychologiquement (et même physiquement) destructeur pour le bien-être du pratiquant. Quand une telle approche est nourrie de l'énergie d'un enseignant spirituel, cela peut représenter un prix à payer très élevé. Il vaut beaucoup mieux commencer doucement et avancer pas à pas. Encore une fois, Rome ne s'est pas faite en un jour.

Comme c'est le cas pour toutes les pratiques proposées par AYP, aller à son rythme avec prudence est nécessaire pour un progrès confortable. Cela n'aide personne si de sérieuses surcharges et perturbations surviennent pouvant demander des semaines ou des mois de récupération. De toutes les méthodes de recherche du Soi, la négation est celle qui comporte le plus de risques quand on en fait trop, dans la mesure où elle peut avoir un impact négatif sur tous les aspects de notre vie en diminuant considérablement notre volonté d'engagement, ce qui n'est pas une caractéristique d'une illumination naissante. C'est une chausse-trappe de la pratique spirituelle.

Cela dit, avec une bonne compréhension de tous ces risques, le chemin du jnana-négation consistant à rechercher le Soi avec neti neti peut tout de même en attirer certains. Si la négation est aimante et pleine de joie, vous saurez qu'il y a là, pour vous, la résonnance du silence intérieur et cela peut marcher merveilleusement. A l'opposé, si la négation est approchée comme une machine de guerre de la logique, sans une bhakti sincère, cela ne fonctionnera pas. C'est vrai pour toutes les formes de la recherche du Soi. Le corps/mental, l'ego et le monde ne sont pas des ennemis. Si nous les traitons comme tels, nous en paierons le prix.

Jnana - transcendant

Ramana Maharshi, un des plus grands sages du XXe siècle, proposait une approche unique de l'enquête sur le Soi qui ne s'occupait pas du tout des objets de la perception. Son illumination s'est produite en dehors des sentiers battus du jnana et de l'advaita indiens traditionnels, en dehors de tout le système des gourous. Son approche est innovante, efficace et sûre. C'est probablement l'approche la plus directe de la réalisation du Soi, si elle est abordée de façon relationnelle, le témoin ayant été préalablement cultivé par la méditation profonde et l'habitude prise de laisser partir les intentions dans la tranquillité (samyama).

La méthode est une enquête directe sur ce qui ou ce qu'est le sens-Je. La fameuse question "Qui suis-je?" est au cœur de ce style d'enquête sur le Soi. Mais d'abord penchons-nous sur le Sens-Je. Avant de demander "Qui suis-je?", nous demandons "A qui cette expérience est-elle en train d'arriver?". La réponse est évidente: ça m'arrive à moi, "Je". Alors nous posons la question "Qui suis-je?" et nous la laissons aller.

C'est un processus qui fait tout de suite l'impasse sur les objets de la perception, parce que nous demandons d'abord qui en fait l'expérience ("Je") pour ensuite enquêter sur le qui ou le quoi de ce "Je". Parce que cette approche va immédiatement au-delà de la relation sujet-objet, nous l'appelons jnana-transcendant.

Si nous examinons cette technique dans le cadre de la dynamique observateur, processus de l'observation et objet observé, nous verrons que nous commençons par prêter attention à une perception pour revenir directement enquêter sur l'observateur. Si notre sens du soi s'identifie au corps/mental, nous sommes pourtant ramenés par la perception à l'observateur. Cela peut facilement être illustré avec la simple enquête: "Par qui ce corps/mental est-il perçu?". La réponse est par moi: "Je". Alors, "Qui suis-je?"

Certains préfèrent demander: "Que suis-je?" Cela n'a pas d'importance. La clé de cette méthode est d'identifier et d'enquêter sur le sens-Je, ou la pensée-Je et de laisser partir le questionnement dans la tranquillité. On en revient toujours là.

Le mental n'a pas à répondre délibérément à la question "Qui suis-je?". On doit la laisser partir dans la tranquillité. Ce n'est pas un processus de l'intellect. C'est un simple samyama qui peut se produire au milieu de nos activités quotidiennes. Cela ne doit pas interférer avec nos motivations à vivre activement notre vie. Si c'est le cas, nous en faisons probablement trop et une adaptation du rythme sera nécessaire. Plus sûrement, il y a aura un enthousiasme grandissant pour la vie, venant du Soi rayonnant que nous révélons à chaque fois que nous lâchons la question "Qui suis-je?" dans la tranquillité.

Il faut insister sur le fait qu'il ne s'agit pas d'un processus mécanique. Poser la question "Qui suis-je?" un millier de fois sans la laisser partir dans la tranquillité aura moins d'effets que de le faire juste une fois relationnellement (dans la tranquillité) avec sincérité. Posez-vous la question maintenant: que vous inspire ce point d'interrogation dans la question "Qui suis-je?". Voulez-vous vraiment savoir qui vous êtes? Si vous le voulez, et si vous avez le silence intérieur permanent, cette approche de la recherche du Soi peut faire des merveilles.

Amour du Soi

Quelle que soit notre approche de la quête du Soi, la nature du témoin évoluera durablement d'une conscience monotone et séparée à un flot de lumineuse vitalité que nous verrons s'exprimer dans le système nerveux et partout ailleurs. C'est ce que nous avons appelé le débordement divin et la tranquillité en action. Quelle que soit la manière dont nous l'appelons, nous en viendrons à comprendre qu'il ne s'agit pas simplement de ce que nous sommes et du Soi universel, qu'il s'agit également de l'amour sans limite qui coule pour nous, par nous et pour tous.

Il est impossible de ne pas tomber complètement et totalement amoureux de ce Soi. Nous pouvons l'appeler Dieu, ou par le nom qui résonne avec notre perception du divin. C'est le Soi. C'est Dieu. C'est l'objet de notre bhakti, l'essence de l'idéal que dès le début nous avions choisi. Notre bhakti a toujours été une expression de Cela. Nous n'avons jamais été seuls. Et maintenant Cela se présente devant nous dans toute son ampleur, s'exprimant au travers de notre système nerveux. Cette reconnaissance expérimentale est une étape majeure de la dissolution du soi limité dans le Soi éternellement joyeux. La graine était en nous depuis le début et par notre engagement et nos efforts nous pouvons dépasser l'étape du témoin et réaliser Cela dans toute sa plénitude.

Nous allons continuer la discussion du jnana yoga/advaita-vedanta en le mettant en relation avec toute la gamme des pratiques de yoga, avec pour objectif de suggérer des outils pratiques additionnels pouvant nous aider à aller de l'avant, quel que soit l'endroit où nous nous trouvons sur notre chemin.

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