Leçon T69 - Tomber amoureux d'une statue
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De: Yogani
Date: 18 septembre 2009

Il est recommandé de lire les leçons de tantra depuis le début. La première leçon s'intitule « Le tantra yoga » et porte le numéro 1.

Q: J'ai entendu dire que certains gourous célèbres avaient des relations « tantriques » avec leur idéal choisi, même si cet idéal était représenté par un objet inanimé comme une statue. Par exemple, Ramakrishna était connu pour avoir des transports de dévotion devant la statue de la déesse Kali, avec des accents de passion érotique. Comment un objet physique inanimé peut-il engendrer une telle ferveur passionnée?

R: Ce n'est pas l'objet lui-même qui engendre la ferveur passionnée, mais la dévotion débordante de l'adepte. Alors qu'on pourrait croire que le dévot « tombe amoureux de la statue », il s'agit en fait d'amour divin. C'est une bhakti d'une grande intensité qui suffit à elle seule à faire avancer le processus de la transformation spirituelle humaine.

La composante sexuelle peut être présente, selon la nature de la relation du dévot avec son ou sa ishta (idéal choisi). Si c'est une relation qui implique des sexes différents, comme dans le cas de Ramakrishna, la composante sexuelle peut être directement stimulée à l'intérieur et être hautement tantrique. C'est différent d'une relation sexuelle extérieure, même si le résultat final sera le même qu'avec n'importe quelle méthode tantrique cherchant à cultiver et préserver les essences sexuelles (brahmacharya). A travers l'histoire, la même dynamique a pu être observée chez les nonnes chrétiennes les plus extatiques qui se considéraient littéralement comme des « épouses du Christ ».

La composante sexuelle peut aussi être présente même s'il n'existe aucune polarité sexuelle dans la relation à l'idéal choisi, comme cela peut être le cas dans une relation avec une figure divine maternelle ou paternelle, un gourou (vivant ou non) ou tout autre relation de dévotion non sexuelle. La raison est à chercher dans les connections spirituelles du système nerveux humain; une stimulation dans la neurobiologie élevée peut conduire de temps à autre à des symptômes sexuels, à une excitation érotique. Ils peuvent être provoqués par une bhakti sans polarité sexuelle ou par d'autres pratiques spirituelles. Il est bien connu que des pratiques non sexuelles comme la méditation profonde et le pranayama de la respiration spinale peuvent produire occasionnellement une excitation sexuelle. Il s'agit d'une stimulation qui emprunte temporairement l'autre chemin, allant de spirituellement extatique à sexuellement érotique, alors que dans le sexe tantrique le chemin va de l'érotique à l'extatique. Tout cela fait partie de la purification globale et de l'ouverture progressive de la neurobiologie.

C'est pour cette raison que nous pouvons trouver dans les écrits de saints ascétiques et de sages célèbres des passages mentionnant une excitation sexuelle et parfois des fantasmes sexuels qui n'ont pas toujours été bien accueillis à leur époque. Néanmoins, c'étaient des étapes sur la voie de l'illumination, comme le sont les pratiques tantriques les plus sexuellement déclarées.

L'usage d'objets physiques ou d'idoles pour stimuler la bhakti est fréquent, tant en Occident qu'en Orient, avec ou sans la composante sexuelle. Il ne fait pas de doute que des statues, des images ou des paysages peuvent stimuler une puissante dévotion. Même le grand advaïtin, Ramana Maharshi, avait son idole: la montagne sacrée d'Arunachala.

On peut aussi parler des « lieux saints », qui résultent de la dévotion de grands sages et des foules de pèlerins durant des années. Dans ce cas, un objet inanimé, un lieu ou une région peuvent élever l'énergie de quiconque s'en approche. De nos jours, avec la quantité de pratiquants spirituels qui augmente tout autour du monde, c'est la terre entière qui tend à devenir un lieu saint. Quel que soit le moment ou le lieu, quand nous nous engageons dans les pratiques, nous contribuons à cette transformation globale.

Il y a aussi la question de l'idolâtrie, qui a été définie comme « l'adoration d'une idole qui n'est pas Dieu ». Qu'est-ce qui n'est pas Dieu, d'ailleurs? Le mécanisme est le même que pour l'effet produit par un objet inanimé sur un dévot, l'idolâtrie est déterminée par ce qui se passe chez la personne. S'agit-il d'un attachement à l'objet pour des raisons égoïstes ou s'agit-il de dévotion et d'abandon à un idéal choisi? Cela n'a pas grand chose à voir avec l'objet lui-même. Si l'amour coule à flot, si l'abandon est réel, alors il ne s'agit pas d'idolâtrie même si on « tombe amoureux » d'une image de pierre, d'un tableau, d'un crucifix ou de n'importe quel autre objet. C'est ce qui se passe chez le dévot qui compte et il n'y a aucune obligation ou interdiction à utiliser un objet comme véhicule pour l'union divine. C'est dans le cœur du pratiquant. En réalité, le processus de la bhakti peut finalement être intériorisé au point que le système nerveux humain lui-même devienne l'objet de dévotion, le temple de Dieu, le royaume des cieux intérieur. Cela peut être érotique, conduisant à l'extase divine, à un mariage heureux et continuel des pôles divins de la tranquillité et de l'énergie extatique à l'intérieur de nous. C'est toujours la même dynamique. Seuls les véhicules seront différents selon la culture, la religion et la préférence personnelle. Surtout, la préférence personnelle.

Mis à part l'aspect sexuel dont nous traitons ici, le tantra est connu pour ses innombrables icônes, mantras, mandalas, symboles etc. ayant tous pour but de procurer un véhicule pour permettre à la conscience de dépasser l'attachement et la fixation aux objets extérieurs. N'importe quel objet de perception peut donc devenir un objet d'idolâtrie (sollicitation égoïste) ou un véhicule pour la transcendance divine. Le voyage peut être érotique de temps en temps ou il peut être purement dévotionnel sans aucune composante érotique. Ou bien il peut être un mélange, changeant graduellement avec le temps de l'érotique à l'extatique. Tout est dans le cœur (et la neurobiologie) du pratiquant. C'est un processus continuel de purification et d'ouverture, conduit par le désir spirituel (bhakti) et les actes que nous choisissons de faire pour exprimer cette impulsion divine venue de l'intérieur.

Le gourou est en vous.

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