Leçon 329 - Les pièges du mental
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De: Yogani
Date: 10 mai 2009

Aux nouveaux membres: il vous est recommandé de commencer les leçons au début, les leçons précédentes étant nécessaires à la compréhension de celle-ci. La première leçon s'intitule « le but de ces leçons » et porte le numéro 10.

Le mental est une machine merveilleuse, capable d'accomplir de grandes prouesses d'analyse, de déduction et de découverte. C'est également le mental qui nous permet de créer notre sens du "Je": "Je suis Marie", "Je suis ce corps", "Je suis ce mental", "Je suis né, je vis, un jour je mourrai".

Le but de la recherche du Soi est d'utiliser le mental pour mettre en question et transcender ces affirmations associées avec "Je suis".

Quand elle se combine avec la présence du témoin résultant de la méditation profonde journalière, l'enquête sur le Soi révèle que nous ne sommes pas notre nom, notre forme ou même notre sens du "Je", que nous sommes la tranquillité derrière et à l'intérieur de tout ce qui est projeté. Ainsi, le premier piège du mental est l'identification. L'identification de notre conscience avec toutes les choses projetées dans le temps et l'espace.

En fait, l'identification est peut-être le seul piège du mental. Le mental a tendance à ressasser notre expérience de la vie que ce soit celle du passé, du présent ou du futur. Suivant notre humeur, il la peindra de couleurs positives ou négatives. Il s'agit toujours de la même chose, le mental nous emprisonnant dans quelque chose.

Est-ce la faute du mental? Il y a-t-il quelque chose de fondamentalement dysfonctionnel dans le mental de l'être humain? Est-ce quelque chose d'autre? Après tout, le mental n'est qu'une machine. Allons-nous blâmer l'automobile quand elle dérape pour aller s'écraser sur un arbre? Allons-nous blâmer le marteau quand il frappe notre pouce? Peut-être bien que certains d'entre nous le font. Et, peut-être que c'est le signe d'un problème sous-jacent. Si le conducteur ne se sent pas responsable de sa voiture et le charpentier de son marteau, alors qui le sera? De même, si l'habitant du mental ne prend pas la responsabilité de ses actions, qui la prendra?

Qui habite le mental? C'est nous qui sommes conscients, à quelque degré que cela se situe. Moins l'habitant du mental est conscient, moins il est probable que le mental fonctionne comme il devrait, comme un serviteur. Plus probablement, il fonctionnera comme un apprenti sorcier, jouant au leader et jetant comme un voile de confusion sur la vie. Là où il y a un vide de la conscience (le témoin n'étant pas très présent), le mental se précipite pour remplir le vide de la seule chose avec laquelle il puisse le remplir, quantité de pensées et de perceptions erronées qui à leur tour se traduisent par: "Je suis ces objets de la perception..." au lieu de "Je suis le sujet, la conscience éternelle pénétrant tous ces objets...".

Ainsi, le premier pas pour aider le mental à revenir à son fonctionnement correct est de s'assurer que l'habitant du mental est bien présent et éveillé. L'habitant, c'est-à-dire le témoin et maintenant nous savons ce qu'il faut faire pour cela: la méditation journalière. Quand l'habitant du mental s'installe et prend les rênes, les opérations du mental sont améliorées de façon régulière. A mesure que l'emprise de l'identification diminue, le fonctionnement du mental s'améliore dans tous les domaines.

Mais, intégrer complètement le mental et le silence intérieur ne se fait pas en un jour. Cela prend du temps. Même après l'émergence naturelle du désir de s'engager dans la quête du Soi, il y encore une longue route à parcourir pour atteindre l'illumination. Le long de la route, il y a quelques pièges du mental qui peuvent compromettre notre progrès spirituel. C'est ce genre de pièges que nous allons discuter, car ils ont un impact sur notre capacité à continuer les pratiques et à progresser de façon continue sur notre chemin:

  1. S'enticher des expériences spirituelles ou les craindre
  2. Analyser ou philosopher de manière excessive
  3. Exagérer l'enquête sur le Soi ou les autres pratiques de yoga
  4. L'illusion de la réalisation ou d'être arrivé
  5. Nier la nécessité de s'engager dans les pratiques
  6. La trappe de la non-dualité - le refus du monde

De tels pièges peuvent handicaper un aspirant spirituel à n'importe quelle étape du chemin. Les pratiquants avancés sont également susceptibles d'être déstabilisés, peut-être d'autant plus s'ils sont visités par des expériences spectaculaires de l'immensité de la conscience de pure félicité, de la béatitude extatique et de pouvoirs miraculeux de telle ou telle sorte. De telles expériences peuvent ébranler le mental si le silence intérieur, le témoin n'a pas encore atteint un niveau de maturité suffisant dans le système nerveux qui permette au pratiquant de prendre dans sa foulée les expériences spirituelles avancées.

Que nous soyons au tout début de notre chemin ou très loin sur la route, cultiver le témoin sera notre meilleure assurance pour nous garder des pièges du mental.

S'enticher des expériences spirituelles ou les craindre
Les expériences spirituelles viennent de bien des façons et si nous utilisons des pratiques de yoga efficaces de telles expériences sont toujours associées à la purification et à l'ouverture qui se produisent en nous. Quand les expériences viennent, nous avons tendance à les analyser. La façon dont nous les observons sera fonction de notre compréhension des processus du yoga et du degré de présence de notre témoin intérieur.

Quand l'expérience est extraordinaire, quand nous sommes submergés par un grand courant d'énergie ou une vision de notre immensité et de notre unité avec toutes choses, nous pouvons nous identifier à l'expérience. Un genre d'engouement peut se produire ou même une certaine peur de ce dans quoi nous nous sommes mis, particulièrement si le flot de l'énergie interne devient excessif, ce qui peut conduire à toute une série de symptômes physiques et psychologiques, également catalogués comme des symptômes de la kundalini.

Si nous avons approché notre pratique du point de vue de notre moi limité, plutôt que de celui du témoin, nous pouvons nous enticher d'une telle expérience d'une façon similaire à un engouement amoureux. Bien sûr, toutes les toquades passent et dans l'intervalle nous serons sages de préférer notre pratique aux expériences. En faisant les pratiques assises, nous pouvons simplement favoriser la pratique que nous sommes en train de faire par rapport aux visions et aux expériences énergétiques qui viennent. Si nous sommes dans notre activité journalière, nous continuons simplement notre travail, quel qu'il soit.

Si les expériences nous envahissent au point où nous pouvons craindre de perdre le contrôle de notre vie, il peut être utile de rester engagé dans la vie particulièrement dans des activités permettant de s'enraciner. Ce sont des activités physiques et celles qui permettent d'aider les autres. En même temps, nous pouvons temporairement réduire les activités qui stimulent le flot de l'énergie spirituelle comme d'assister à des réunions spirituelles et de faire trop de pratiques spirituelles. Nous avons mentionné dans de nombreuses leçons précédentes que ce ralentissement temporaire de la stimulation spirituelle s'appelle le self-pacing. Ce genre de réglage est un principe fondamental dans l'approche AYP, où nous utilisons de façon individuelle une intégration de pratiques puissantes.

L'engouement passera et la peur se calmera à mesure que la purification intérieure avancera et que le divin s'intégrera naturellement dans notre vie de tous les jours. C'est la raison pour laquelle il vaut mieux continuer notre vie, quelles que soient nos expériences spirituelles. A la fin, l'illumination unit le spectaculaire et l'ordinaire. Ce qui reste est un ordinaire spectaculaire.

Analyser ou philosopher de manière excessive
Que nous ayons ou non des expériences spirituelles, analyser et philosopher continuellement sur notre condition, passée, présente ou future, ne nous sera pas d'une grande utilité. En fait, une telle tendance est une des formes les plus usuelles d'une enquête non relationnelle.

Quand une expérience vient, qu'elle soit physique, mentale ou émotionnelle, nous avons tendance à l'analyser. En faire une obsession est un piège fréquent du mental.

Cela ne veut pas dire que nous ne devrions pas analyser ou chercher une confirmation de notre chemin dans les écritures et les philosophies écrites à travers les siècles. Mais si nous faisons de l'analyse et de la philosophie le but de notre chemin, nous prenons une voie de garage qui peut déstabiliser notre engagement dans la pratique du yoga et dans une enquête relationnelle. Quand l'analyse et la philosophie en viennent au point d'être à elles-mêmes leur propre fin, nous en arrivons à bâtir des châteaux en Espagne ce qui n'a plus rien à voir avec une enquête relationnelle et une pratique spirituelle efficace.

Dans ce cas, nous pouvons simplement observer et laisser aller l'excès d'analyse en préférant cultiver le témoin dans nos pratiques assises et en vivant pleinement notre vie.

Exagérer l'enquête sur le Soi ou les autres pratiques de yoga
Un des pièges courants du mental est de s'imaginer que si nous avons quelques résultats avec telle ou telle pratique, nous pouvons en conclure que d'en faire davantage amènera plus de résultats.

Par exemple, si un flash d'inspiration nous vient quand nous nous posons la question "Qui suis-je?", nous pouvons en conclure que nous devrions nous demander "Qui suis-je?", vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept.

De même, si nous pratiquons la méditation profonde journalière deux fois par jour pendant vingt minutes, ce qui constitue une pratique équilibrée et que nous remarquions l'apparition d'une présence notable du témoin intérieur, nous pouvons également en conclure que ce serait une bonne chose de méditer plus longtemps et plus souvent.

Dans les deux cas (enquêter continuellement sur le Soi ou pratiquer sans arrêt la méditation profonde), nous tombons dans un piège du mental qui peut, en fait, ralentir notre progrès spirituel. Faire trop de pratiques produira seulement une purification excessive et un surmenage qui limiteront notre capacité à pratiquer efficacement tant que nous n'aurons pas retrouvé l'équilibre.

Alors que certains enseignants prêchent qu'une illumination instantanée est possible, que nous sommes tous ici et maintenant, cela prend en fait du temps pour ouvrir le système nerveux aux possibilités plus grandes qui sont là en nous. C'est un processus qui peut être accéléré, mais c'est une vue de l'esprit de penser que plus on en fait mieux c'est. Le chemin vers l'illumination implique un processus qui prend du temps, quelle que soit la méthode suivie et il n'y a pas beaucoup de raccourcis qui puissent nous dispenser de bien réguler nos pratiques.

Rome ne s'est pas faite en un jour, et le processus de la transformation spirituelle humaine ne s'accomplit pas non plus en un jour. Si nous sommes réguliers en appliquant des méthodes vraies et éprouvées à travers le temps, le résultat sera là. Le voyage vers l'illumination est un marathon, ce n'est pas un sprint.

L'illusion de la réalisation ou d'être arrivé
L'illumination, la réalisation directe de ce que nous sommes, est humble et ne se met pas en avant, si ce n'est par une assistance pleine de compassion offerte au bénéfice de tous. Inversement, quand on s'imagine être réalisé ou arrivé, les actions peuvent en être faussées, conduisant à un enseignement rigide, au prosélytisme, au sectarisme et on perd de vue les pratiques spirituelles pour se focaliser sur celui qui est soi-disant arrivé. C'est un piège ordinaire du mental que l'on peut trouver chez l'enseignant, l'étudiant ou les deux.

Quand la conscience s'identifie au mental, on sent un grand besoin de chanter victoire sur les forces de l'ignorance. Ce qui bien sur engendre encore davantage d'ignorance. Le mental ne peut pas revendiquer l'illumination. Le fonctionnement du mental peut seulement témoigner de l'illumination qui vient de l'intérieur ou au contraire de son absence. Nous pouvons constater qu'un courant intérieur se produit ou non, mais nous ne pouvons jamais proclamer avec exactitude être arrivés, car c'est au-delà de la province du mental.

Par définition, à la fois la cause et la destination d'une véritable recherche du Soi sont au-delà du mental, elles résident dans le témoin intérieur qui n'affirme ni ne proclame jamais rien. Il se contente d'être.

Quand il y a de la proclamation dans l'air, il est sage de se demander: "Qui proclame?" et de laisser aller la question dans la tranquillité.

Nier la nécessité de s'engager dans les pratiques
Il y a des cas rares, où des personnes atteignent ce qui semble être un état d'illumination dans cette vie avec peu ou pas du tout d'effort dans les pratiques spirituelles. De leur unique point de vue, il leur semble naturel de promouvoir l'idée que l'illumination n'a pas besoin de pratiques. Ils diront systématiquement: "Il n'y a rien à faire. Vous êtes déjà là".

Il en est comme de ce New-Yorkais qui mystérieusement se réveille un jour à Los Angeles sans savoir comment il y est arrivé et qui téléphone à tous ses amis à New York pour leur dire qu'ils peuvent faire la même chose. Si seulement...

Le moins que l'on puisse dire est que ce genre d'enseignement est défectueux. Même si la destination est sans doute correcte, les moyens font défaut pour quasiment tout le monde. Aussi, quand un enseignant nous dit que nous n'avons rien besoin de faire pour atteindre l'illumination et qu'à cet instant nous savons bien en être encore loin, il sera sage de revoir les moyens additionnels disponibles. Dans ce cas, la conclusion de celui qui est illuminé est un piège du mental (oui, ils ont aussi leurs pièges) et de suivre de tels enseignements à l'exclusion de tout autre est également un piège du mental pour l'étudiant.

Un symptôme courant de l'illusion d'être arrivé est de ne plus reconnaître la valeur des pratiques spirituelles. Croire que notre voyage vers la réalisation est terminé est un des plus grands risques pour les pratiquants avancés. Le mental va tout de suite penser: "Je n'ai plus besoin de pratiquer". Où que nous en soyons à ce moment sur le chemin, c'est plus ou moins à cet endroit que nous en resterons jusqu'au moment où nous nous réveillerons pour comprendre que notre progrès spirituel ne s'arrête jamais et que le besoin de pratiques spirituelles ne s'arrête non plus jamais. Les pratiques peuvent changer compte tenu de la purification et de l'ouverture en cours, mais nous n'avons jamais fini d'en avoir le besoin.

La raison en est qu'au stade ultime, une illumination individuelle n'existe pas. En approchant de l'illumination individuelle, nous commençons à nous rendre compte que nous sommes tout ce qui nous entoure. Nous voyons l'état de conscience de tout ce qui nous entoure comme notre propre état. Nous ne serons donc pas pleinement illuminés tant que tous ne le seront pas. Pour cette raison, ceux que l'on considère avoir atteint l'illumination continuent à travailler au bénéfice de tous. Leur libération ne sera pas complète tant que tous ne le seront pas. Il en va de même pour nous. Aussi longtemps que nous continuons nos pratiques, il y a tant de joie et d'épanouissement à trouver sur le chemin, amenant une expansion vers un infini toujours plus grand.

La trappe de la non-dualité - le refus du monde
D'un côté, les sages nous disent que le monde n'est pas réel, que le monde n'est qu'une projection produite par nos sens et par la perception des objets à travers l'identification de notre conscience. D'un autre côté, on dit que la perception est 100% de la réalité et cette affirmation est également vraie. Notre réalité est telle que nous la percevons. Mais le sage dira que c'est une illusion complète et que si nous démontons le mécanisme de l'identification de notre conscience avec nos perceptions, nous verrons que rien n'existe.

Bien sûr, c'est vrai. Nous l'avons appris au collège, en apprenant la physique quantique. Mais, est-ce vraiment une vue utile de notre monde? Pouvons-nous continuer à fonctionner avec une telle vue si elle est comprise seulement au niveau de l'intellect? C'est fort improbable.

Même si la logique de la non-dualité est impeccable, l'affirmation quelle peut être réalisée instantanément est incorrecte. Ces enseignants qui méprisent les perceptions des autres, perceptions qui pour eux représentent 100% de leur réalité et refusent d'aller à leur rencontre là où ils en sont, ne peuvent pas les aider. En fait, on peut faire des dégâts en encourageant les étudiants à aller au-delà de leurs possibilités sans leur fournir les étapes intermédiaires.

Nous savons que si nous apprenons à courir avant d'avoir appris à marcher, nous tomberons face contre terre et nous aurons bien des difficultés avec notre motivation et notre capacité à fonctionner dans le monde. Pour l'immense majorité des pratiquants de la recherche du Soi, travailler péniblement à nier l'existence du monde est destructif. Alors que le concept de l'Un sans second peut certainement nous inspirer, essayer de le vivre avec le mental est un énorme piège. En effet, l'Un (la non-dualité) n'appartient pas au mental. Si nous essayons de le vivre de cette façon, nous aurons l'impression que la plus grande partie de notre vie n'a pas de sens, nous rejetterons à tort la vie quotidienne ce qui est tout à fait malsain. Nous serons dans la recherche non relationnelle à son pire.

Le paradoxe est que l'expérience de l'Un est pleine de sens dans tous les aspects de la vie, elle est la source de tout amour et de partage dans l'unité. L'état non duel est une expérience d'unité, d'amour rayonnant et d'union et non de séparation et de refus du monde.

Si nous pratiquons la recherche du Soi avec la présence du témoin, nous ne tomberons pas dans la trappe de nier la vie telle qu'elle est. A la place, nous deviendrons de plus en plus la vie elle-même, ce qui peut aussi se décrire comme vivre dans le monde, sans être du monde. C'est la vraie Unité, la non-dualité véritable, le vrai advaita-vedanta. Non pas l'enquête non relationnelle qui divise et peut conduire à des années de luttes et de misères. Il y a un bien meilleur chemin pour vérifier la proclamation sacrée des sages que "Tout est Un". Eh bien, prenons-le!

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