Leçon 316 - Davantage de shatkarmas, guide d'ensemble
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De: Yogani
Date: 13 mars 2009

Aux nouveaux membres: il vous est recommandé de commencer les leçons au début, les leçons précédentes étant nécessaires à la compréhension de celle-ci. La première leçon s'intitule « le but de ces leçons » et porte le numéro 10.

Il y a six shatkarmas traditionnels. Il y en a beaucoup plus, tous ceux que le yoga nous incite à faire, y compris nombre de variantes des shatkarmas déjà décrites dans ces leçons. Ces six shatkarmas sont jala neti (la douche nasale), basti (le nettoyage du colon, le lavement), dhauti (le nettoyage des intestins), nauli (le barattage avec les muscles abdominaux), kapalabhati (l'expiration accélérée, une méthode de pranayama pour nettoyer les nerfs) et trataka (une méthode de fixation de l'attention avec les yeux).

Les trois premiers sont des techniques de nettoyage au sens physique du terme qui ont été expliquées dans les trois leçons précédentes. Les trois shatkarmas restants sont également physiques, mais n'impliquent pas de nettoyer les cavités du corps avec de l'eau. Ils sont plus intimement liés à nos pratiques journalières de yoga et ont, en fait, été plus ou moins abordés dans les leçons précédentes. S'ils n'ont pas été décrits en tant que tels, ils l'ont été certainement dans leurs principes comme faisant partie d'autres pratiques dans l'ensemble de la routine, comprenant les asanas, le pranayama de la respiration spinale et la méditation profonde.

Nous allons examiner les trois derniers shatkarmas et leurs connexions avec les pratiques déjà décrites:

Nauli
Nauli veut dire baratter. C'est une version dynamique d'uddiyana bandha (le sceau abdominal) consistant à faire tournoyer les muscles abdominaux, d'abord dans une direction ensuite dans l'autre. Nauli stimule un fonctionnement plus élevé du système digestif en faisant monter l'énergie extatique de la kundalini de la région pelvienne pour une participation active avec la nourriture et l'air dans le circuit GI, amenant à la conductivité extatique de tout le corps. Dans ce processus, il donne la stimulation pour un nettoyage en profondeur des intestins. Il peut se pratiquer avec la séance d'asanas (les postures de yoga) et également avec basti (le lavement) et dhauti ( le nettoyage intestinal) pour améliorer le nettoyage et l'élimination quand les intestins sont pleins d'eau salée.

Avant de commencer nauli, il faut maîtriser uddiyana bandha qui fait partie de la routine d'asanas précédant la respiration spinale et la méditation profonde. Pour plus de détails sur la pratique des asanas voir la leçon 71. Pour pratiquer uddiyana, nous nous positionnons les pieds écartés de la largeur des épaules avec les mains sur les genoux. Ensuite, nous expirons complètement et la sangle abdominale relâchée nous rétractons l'abdomen vers l'intérieur, le diaphragme montant dans la cavité des poumons. On tient plusieurs fois pendant cinq secondes ou plus si cela reste confortable. Uddiyana veut dire s'envoler ce qui prend tout son sens dès que l'on utilise cette pratique. L'énergie interne prend son envol, au sens littéral.

Nauli est une version dynamique et plus complète d'uddiyana, en ce sens qu'il implique un mouvement rythmique des muscles abdominaux au lieu d'une tenue statique du bhanda. Le barattage de nauli se fait en contractant alternativement les muscles abdominaux à droite et à gauche pour obtenir un effet tournant. Cela se pratique dans la même position qu'uddiyana, debout, à poumons vides, le diaphragme remonté, tout en contractant les muscles abdominaux comme quand on cherche à se lever, tout d'abord en s'appuyant sur un genou avec un bras et ensuite sur l'autre en s'aidant de l'autre bras. Cela conduit à la capacité de contrôler séparément la contraction des muscles abdominaux droits et gauches ce qui est la clé pour obtenir l'effet de tournoiement. A partir de là, nauli peut se pratiquer n'importe quand et dans n'importe quelle position. Il devient alors une pratique interne moins visible extérieurement. Nauli est d'une grande aide pour la digestion et l'élimination.

Nauli est habituellement pratiqué pendant la séance d'asanas au même endroit qu'uddyana bandha, à raison de 10 à 20 torsions dans chaque direction. Avec le temps, nauli devient un réflexe automatique subtil qui contribue au grand courant intérieur d'énergie extatique. A partir de ce moment, le nettoyage devient très raffiné.

Des instructions plus détaillées sur uddyana bandha et nauli sont données dans la leçon 129. Nauli est une pratique yogique puissante qu'il vaut mieux aborder une fois bien établi dans la routine des asanas et des pratiques assises. Et même alors, elle doit être dosée et gérée avec prudence pour un progrès régulier et sans danger dans ses effets. Pratiquer nauli avec modération permettra de pratiquer longtemps.

Kapalabhati
Kapalabhati veut dire faire briller le crâne. On peut aussi l'interpréter comme signifiant la lumière dans le crâne. C'est une technique de pranayama qui implique une succession d'inspirations normales et détendues suivies d'expirations brusques comparables à des soufflets. L'inspiration se fait normalement par le nez, mais peut aussi se faire par la bouche si le nez est bouché. L'expiration se fait également par le nez, mais peut aussi se faire par la bouche avec les lèvres resserrées pour réduire légèrement la sortie de l'air. Un des premiers effets de kapalabhati est d'augmenter la pression de l'air par courtes rafales dans le pharynx nasal et les sinus ce qui stimule la partie antérieure du cerveau. Cela procure un nettoyage du cerveau.

Kapalabhati peut être répété par séries de 10-20 inspirations détendues suivies d'expirations soudaines. Faites attention à ne pas en faire trop. Un bon moment pour la pratique de kapalabhati se situe après les asanas, juste avant les pratiques assises comprenant la respiration spinale et la méditation, deux fois par jour.

Kapalabhati a pour effet la purification de la neurobiologie dans la partie supérieure du corps et dans la tête en particulier. D'où les expressions front brillant et face lumineuse. Il peut donner la sensation interne de l'énergie qui rayonne et parfois l'apparition d'un rayonnement externe de la face.

Les principes et les effets de kapalabhati se trouvent également dans le pranayama du bastrika spinal qui est une pratique plus avancée et plus complète utilisée dans les pratiques assises journalières d'AYP. Le bastrika spinal apporte des bénéfices supplémentaires à la purification du nerf spinal tout entier (la sushumna) qui va de la racine (anus/périnée) au centre du front et au système nerveux entier rayonnant en nous depuis le canal central. A mesure qu'avec le temps notre routine de yoga avance, nous pouvons préférer le pranayama du bastrika spinal au kapalabhati standard dans nos pratiques journalières assises.

Les instructions détaillées pour le pranayama du bastrika spinal se trouvent dans la leçon 171.

Trataka
Trataka signifie regarder fixement, fixer le regard sur un objet pendant un certain temps. Cela purifie le mécanisme interne de l'attention qui pour la plupart d'entre nous passe par les yeux pendant la plus grande partie du temps où nous sommes éveillés. Fixer le regard aide à défaire l'emprise exercée par les expériences externes sur l'attention.

Dans nombre de traditions, trataka, sous l'une ou l'autre forme, est utilisé comme préparation aux pratiques assises. Dans quelques systèmes de pratique, il est utilisé comme principale technique de méditation, telles les pratiques légendaires de fixer une bougie ou de contempler le mur.

Dans le système de pratiques AYP, nous ne fixons pas une bougie ou le mur, du moins pas comme une pratique essentielle. A la place, nous entraînons gentiment l'attention à s'intérioriser pour faciliter les deux processus primordiaux de la transformation spirituelle qui se produit naturellement dans le système nerveux humain.

  • Cultiver le silence intérieur, c'est-à-dire la conscience à l'état pur, avant qu'elle ne soit accaparée par un objet. Ce qui est accompli avec la méditation profonde et les méthodes additionnelles.
  • Cultiver la conductivité extatique, c'est-à-dire l'aspect énergétique dynamique de notre nature. Ce qui est réalisé avec le pranayama de la respiration spinale et les méthodes additionnelles.
On peut dire qu'à la fois le pranayama de la respiration spinale et la méditation profonde impliquent l'utilisation de l'attention d'une façon plus sophistiquée que la fixation du regard. Dans les deux cas, la technique de base est de favoriser sans effort une procédure qui utilise l'attention les yeux fermés de la même façon que dans trataka nous favoriserions l'objet de notre regard en gardant les yeux ouverts. Chaque fois que nous nous égarons, nous ramenons simplement notre attention sans effort. C'est ce que nous faisons avec les procédures simples du pranayama de la respiration spinale et de la méditation profonde. Pendant le temps fixé pour notre pratique, elles deviennent, en quelque sorte, l'objet de notre regard.

Il peut paraître un peu excessif de dire que la respiration spinale et la méditation profonde sont des formes de trataka. En fait, elles sont des élargissements du principe de base, de la même façon que le pranayama du bastrika spinal est un élargissement du principe de kapalabhati. Cela revient à prendre des principes de base pour les incorporer dans des méthodes plus complètes, simples et pourtant beaucoup plus globales dans leurs effets.

Avec AYP, nous utilisons une forme simple de trataka pour nous aider à pratiquer le sambhavi mudra pendant le pranayama de notre respiration spinale ou la position physique des yeux est séparée du mouvement de l'attention montant et descendant le long du nerf spinal à l'inspiration et à l'expiration (voir la leçon 131). Avec sambhavi, les yeux sont tournés vers le haut et légèrement centrés avec un froncement imperceptible au centre du front. Ce mouvement consistant à lever et à centrer les yeux pendant qu'ils sont fermés se fait pendant la respiration spinale alors que l'attention favorise le trajet qui monte et descend le nerf spinal (au centre de la colonne vertébrale) entre la racine et le front durant l'inspiration et l'expiration.

Il faut pas mal de pratique pour apprendre à tenir sambhavi pendant la respiration spinale et un exercice simple de trataka peut y aider. Il se pratique en gardant les yeux ouverts et le regard fixé sur un objet extérieur tout en suivant le nerf spinal avec l'attention en respirant sans efforts. Ce n'est ni le pranayama de la respiration spinale ni sambhavi mudra, mais une préparation à pratiquer sambhavi en même temps que la respiration spinale. Un peu de trataka pratiqué de cette façon permettra d'aller loin vers la stabilisation de notre pratique du sambhavi interne (les yeux clos) tout en faisant le pranayama de la respiration spinale et tout un éventail d'autres pratiques de yoga.

Trataka peut être une préparation à d'autres pratiques en nous révélant la relation entre l'attention et le positionnement des yeux et en nous aidant à développer plus de souplesse avec notre attention en rapport avec tout l'éventail de nos pratiques. Le principe à la base de trataka, favoriser un objet ou une méthode de yoga avec l'attention, se retrouve dans bien des pratiques.

Comme nous l'avons vu, les trois derniers shatkarmas ou leurs principes sous-jacents sont déjà incorporés pour leur plus grande part dans le système de pratiques AYP. Il est possible d'obtenir quelques bénéfices supplémentaires en les pratiquant séparément de la façon traditionnelle. Cependant, ce n'est peut-être pas la meilleure façon de s'en servir. Les principes internes qu'ils stimulent par des manipulations externes sont semblables aux mudras et bandhas et ces pratiques sont plus efficaces quand elles sont intégrées aux pratiques de base du pranayama de la respiration spinale et de la méditation profonde. En parlant d'intégration, nous ne voulons pas dire qu'elles sont pratiquées au même moment. Nous voulons dire qu'elles peuvent être combinées avec la routine journalière de façon à optimiser les effets de l'ensemble de notre pratique habituelle ce qui facilitera un progrès régulier de notre épanouissement spirituel de façon confortable et sure. Sans confort et sans sécurité, la progression ne peut être maintenue et tôt ou tard nous serons obligés de réduire nos pratiques un certain temps. Ainsi, il est sage d'observer les principes du "self-pacing" en gérant nos pratiques de manière à équilibrer la progression avec confort et sécurité. A certains moments, cela peut signifier de ne plus faire du tout certaines pratiques.

Les shatkarmas, en raison de leur dimension spirituelle substantielle, sont particulièrement utiles à ceux qui sont déjà bien établis dans une routine stable de pratiques assises. Les shatkarmas apportent alors une aide précieuse pour cultiver la conductivité extatique dans le système nerveux. Le circuit GI joue là un rôle central, mais pas forcément au début de notre pratique. Au début, il est bien plus important de trouver son équilibre dans les pratiques de base.

AYP considère les shatkarmas comme des pratiques pour le milieu de la route. Au commencement et à la fin du voyage, la plupart des pratiquants n'en ont pas besoin pour améliorer leurs progrès spirituels. Par contre, ils sont très utiles au milieu du voyage, quand la conductivité extatique entre en scène. Bien sûr, quand il s'agit de santé, les shatkarmas peuvent être utiles à tout moment, de sorte qu'ils chevauchent à la fois les domaines de la spiritualité et de la santé, comme d'ailleurs toutes les pratiques de yoga. Dans ces leçons nous nous concentrons en tout premier lieu sur l'aspect spirituel.

Si nous nous sommes engagés dans l'application intégrée proposée par AYP de la méditation profonde, du pranayama de la respiration spinale, des asanas , des mudras et des bandhas, les principes de nauli, kapalabhati et trataka font déjà partie de notre routine journalière. A ce stade des leçons, ce qui est nouveau ce sont les shatkarmas des nettoyages internes, jala neti, basti et dhauti. Dans ces trois cas, il est suggéré de voir à quel point la montée de la conductivité extatique nous pousse à les faire, plutôt que de les inclure de force dans notre routine journalière. En prenant cette approche, vous saurez quand ce sera le moment d'aborder les shatkarmas des nettoyages internes. Quand la neurobiologie commencera à remuer dans les passages du nez, les sinus et le circuit GI, nous saurons qu'il est temps pour un nettoyage supplémentaire de ces zones. La conductivité extatique est cultivée principalement par le pranayama de la respiration spinale, les mudras, les bandhas et les formes additionnelles de pranayama. Le prérequis à tout cela est la montée du silence intérieur cultivé principalement par la méditation profonde et le samyama. Vous voyez donc que beaucoup de choses doivent encore se produire avant que certains shatkarmas puissent produire le maximum d'effets.

C'est la façon la plus pratique d'aborder les nettoyages internes: quand nous en ressentons le besoin alors nous les faisons. Sinon, ne pas les faire ne nous portera pas préjudice sur le plan spirituel. La méditation profonde, le pranayama de la respiration spinale et les autres pratiques assises sont des facteurs plus importants de notre transformation spirituelle. L'interconnexion du yoga nous conduira naturellement à pratiquer les shatkarmas et les autres yamas (contrôles) et niyamas (observances) quand notre épanouissement intérieur le demandera. Toutes les méthodes yogiques font partie du processus d'ensemble de la transformation humaine qui réside en chacun d'entre nous.

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